Cannabis : le débat s’étend à l’international et frappe tous les fronts.

Kofi anann - portrait
Kofi Anann

Le 2 juin 2011, la Commission Mondiale sur la politique des Drogues, composée de 19 personnalités dont Kofi Annan, Richard Branson, d'anciens présidents du Brésil, Mexique et Colombie, d'un prix Nobel de littérature, rendait publique une pétition signée par un demi-million de personnes et un rapport adressés à l'ensemble des chefs d'état du monde et leurs gouvernements, au secrétaire général des Nations Unies Ban Ki Moon, ainsi qu'aux médias internationaux.
Ces propositions devraient faire date, tant jamais auparavant n'avaient été autant cités les mots dépénalisation, légalisation, régulation pour sortir du système instauré par la convention unique sur les stupéfiants adoptée en 1961.

Dans tous les pays, notamment en France de manière assez inédite, le débat s'est ouvert avec plus ou moins de vigueur, et il se peut qu'il perdure dans la perspective des élections générales en 2012 qui se produiront en mars en Russie, en mai en France et en novembre aux Etats Unis (3 pays du Conseil de sécurité).
Également, d'ici la fin de l'année, la commission européenne doit renouveler la stratégie et le plan d'action de l'Union européenne en matière de drogues, et sans doute cette fois les conclusions du rapport Reuter-Trautmann, sous l'impulsion du Forum de la Société Civile, seront véritablement prises en compte.

Panorama des prises de positions d'un bord à l'autre de l'échiquier politique français.

Il y a l'extrême droite pure et dure qui promet de raser gratis et agite des chiffons rouges tel le rétablissement de la peine de mort pour les trafiquants de drogues et l'enfermement des consommateurs. C'est très clair, il est honnête de préciser que cette proposition frontiste mettrait la France au même niveau que la Chine ou l'Iran... Pas sûr que cela permette de redorer la flamme de la France à l'étranger.

Dans la lignée idéologique mais d'un avis opposé, on trouve des représentants d'une droite libérale et populaire tels Alain Madelin qui souhaite « la distribution réglementée de l’ensemble des drogues » ou Jean-Christophe Lagarde : « Pénaliser la consommation de drogues, cela crée le trafic et cela n’empêche personne de se droguer ». On s'étonnera que les positions politiques sur la prohibition de ces deux francs-tireurs soient aussi tranchées, peut-être parce qu'ils ne sont pas les mieux servis par l'état sarkozyste.

Il existe aussi une droite en apparence plus républicaine et sociale, qui se revendiquera toujours du Général de Gaulle et qui prochainement, dans cette compétition du leadership à droite, fera choisir en cas de primaires l'électeur droitiste entre deux challengers potentiels de Sarkozy pour la présidentielle en 2012. Cela devrait être avec Dominique de Villepin qui « pense que la contravention est un message suffisant, mais c’est un message nécessaire » ou Jean-Louis Borloo : « Est-ce que je légalise le cannabis ? La réponse est non ».

Même au centre, quasiment aux oubliettes depuis 2007, François Bayrou a osé constater que : « Notre manière de lutter contre la drogue a échoué ». Il lui en aura fallu du temps pour l'affirmer. On aimerait une sortie de Jean Luc Bennahmias pour plus de précisions sur le sujet.

Opinions divergentes ? Démagogie ?

Manifestation 070511
Marche mondiale du cannabis 07/05/11 - Paris

Notons bien ici l'ambivalence du gouvernement Sarkozy : alors que le débat enflamme la planète entière, deux ministres dont l'un, Maurice Leroy (précisant même qu'il s'exprime à titre personnel) est logiquement sous l'autorité de l'autre, Claude Guéant, viennent par leurs déclarations donner deux visions opposées. Claude Guéant dit de manière aussi inepte que possible : « J’y suis absolument opposé. La drogue, c’est dangereux sur le plan de la santé » et son sous ministre, Maurice Leroy, de se déclarer pour « une dépénalisation sous contrôle », ce qui revient éventuellement à soutenir le rapport Vaillant.

Cependant, histoire de mettre tout le monde d'accord, le premier ministre François Fillon a doctement martelé « Légaliser le cannabis, c’est légitimer, justifier et donc encourager son usage ». Selon lui, point barre sur le sujet.
Dans la droite ligne de leur mentor, les fidèles de Sarkozy sont sortis du bois, avec Xavier Bertrand assénant un « la société française ne veut pas de la dépénalisation du cannabis», dont le pas est emboîté par Luc Chatel estimant que « le cannabis, comme toutes les autres formes de drogue, entraîne une addiction ». Il est rejoint par Valérie Pécresse : « Moi je suis totalement prohibitionniste. Laissons les interdits où ils sont ! » ainsi que Bruno Le Maire : « Ce serait une très mauvaise nouvelle pour la société ».
Ce tir groupé fut ponctué par une contribution intitulée Dépénalisation du cannabis, un débat biaisé publiée par Le Monde, le jour même où l’ancien ministre de l’Intérieur socialiste Daniel Vaillant présentait à l’Assemblée un rapport proposant la légalisation du cannabis en France.

Et la gauche alors ?

Daniel Vaillant
Daniel Vaillant

Au même titre que la droite réactionnaire existe, il y a son pendant à gauche comme par exemple Manuel Valls, qui déclare : « l’idée de légaliser le trafic de cannabis va à l’encontre de mes valeurs », qui sont en substance les mêmes que celles de Guéant et ses amis politiques. De même, Arnaud Montebourg exprime qu'«on a besoin d’un certain nombre de limites dans les comportements », au lendemain d'une affaire DSK où l'on perçoit ce qui fait la fragilité d'un homme face à ses actes réels ou supposés.
On se passera des commentaires de Ségolène Royal, non par sexisme, plutôt car les propos de l'ancienne candidate à l'élection présidentielle n'ont pas évolué depuis 2007, elle reste floue sur ses intentions, entre répression et prévention.
Enfin parmi les candidats aux primaires citoyennes, François Hollande est celui qui aura le mieux su botter en touche en se disant pour une réflexion européenne sur la prohibition, voire une dépénalisation.

Reste que l'ancien ministre de l'Intérieur, Daniel Vaillant, assure qu'avec son rapport il tente «d’ouvrir les yeux à un certain nombre de gens qui refusent de le faire » parce que «nous sommes dans une situation d’échec, c’est cela la vérité ».

Plus à gauche du Parti Socialiste, on n'en attendait pas moins des écologistes, avec Cécile Duflot revendiquant qu'« une politique pragmatique, c’est une politique de légalisation » et la candidate EELV pour l'élection présidentielle en 2012, Eva Joly, soulignant qu'«une dépénalisation avec des taxes et une économie contrôlée serait un avantage ».

Enfin, à l'extrême gauche, on peut supposer que le NPA présent lors de l'Appel du 18 joint à La Villette soit clairement en faveur de la légalisation du cannabis, sans doute pas au point de soutenir la proposition d'un élu du PS. Là où le positionnement étonne plus, c'est à Lutte Ouvrière où le virage Arlette vient d'être franchi par Nathalie Arthaud, qui se signale par cette déclaration : «La répression, c’est clair et net, ça ne marche pas ».

 

Une évolution sociale et politique.

Manifestation Canadienne - Légalisation
Manifestation Canadienne - Légalisation

En annexe, le débat s'est invité au Conseil de Paris, avec Philippe Goujon posant une question au Maire : « Est-ce le programme du Parti Socialiste pour la jeunesse ? », Bertrand Delanoë lui répondant sans ménagement en séance du Conseil de Paris : « La société française a besoin d’un débat sans tabou au sujet du cannabis », tout en nuançant à la radio : « je suis plutôt réticent sur l’idée que nous devenions producteurs de cannabis », tandis que son adjoint à la Santé, Jean-Marie Le Guen assurait : « je ne crois pas que les méthodes morales et pénales soient efficaces ».

La prohibition est-elle déjà derrière nous ? Que ce soit le Parlement en Jamaïque, au Royaume Uni, au Maroc ou au Mexique et dans tant d'autres pays, les lignes bougent. Pourtant en France, il reste des milliers d'usagers et d'usagers-partageurs incarcérés, des centaines de milliers d'arrestations et de gardes à vue liées au cannabis, des suicides en prison, des vies brisées par cette situation ; comment le débat politique va-t-il évoluer d'ici les élections présidentielles et législatives de 2012 ?

La pression populaire et médiatique sera-t-elle assez forte pour imposer le sujet ? Il se dit que des candidatures indépendantes et pro-légalisation se prépareraient en dehors des partis traditionnels, tel que l'avait fait le collectif Cannabis sans Frontières aux européennes de 2009, le peuple en aurait-il assez de la politique répressive au point de chambouler le paysage électoral français, comme on peut s'en rendre compte par la multiplicité des articles et commentaires favorables à la légalisation que l'on trouve sur le web ? Il faudrait au minimum pour cela un mouvement citoyen qui mobiliserait prioritairement pour l'inscription sur les listes électorales avant le 31 décembre 2012...

Le 06/08/2011.

 

Farid/EM de CSF,

pour Produc'Sounds.

 

Site : Cannabis Sans Frontière

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